PORTFOLIO
ANTOINE VAN LOOCKE
KOBE DESRAMAULTS, ANTOINE VAN LOOCKE ET ANDREA PETRINI AU PARIS DES CHEFS FRANCE 2011


Dimanche 23 janvier, Antoine Van Loocke a présenté ses éplucheurs dans la capitale française lors d’un événement spécial : le Paris des Chefs, un show qui réunit par duos des chefs et des créateurs internationaux (architectes, designers, photographes…) afin de réaliser une création culinaire commune devant public et caméras.

 

Antoine est venu avec Kobe Desramaults, chef belge du restaurant “In De Wulf” à Dranouter, pour qui il conçoit des éplucheurs depuis trois ans. « Ma mission était de taille : faire des couteaux dignes de trôner à côté de ses plats », explique Antoine à l’animateur qui lui demande de relater leur rencontre. Mission accomplie donc puisque Kobe est venu au Paris des Chefs avec des couteaux d’Antoine pour préparer des pigeons de Steenvoorde au foin.

 

Le thème de l’année était « Visible-Invisible », Antoine et Kobe ont donc préparé un petit film sur ce thème. La séance commence avec des pigeons vivants, puis morts, puis découpés, puis fourrés au foin et, enfin, « maturant » au frigo. « C’est la partie laissée invisible au client qui vient manger des pigeons dans mon restaurant », explique Kobe. Suivent des visuels d’Antoine transformant de vieux couverts en de brillants éplucheurs aux manches à couper le souffle. « Avec mes éplucheurs recyclés, je rends visible l’âme en métal cachée sous la rouille», explique l’artiste. « Et c’est pour quoi faire ? » demande l’animateur ébahi devant l’originalité des éplucheurs. « C’est pour couper bien sûr ! », recadre le pragmatique Antoine. Le film se termine, place à la cuisine. Kobe sort un couteau d’Antoine. « Celui-là, je l’ai fait avec une plaque de stellite récupérée à la poubelle, du carbone et une pièce du guidon de ma bicyclette !, explique Antoine. I fucked the bike comme on dit en anglais ! », reprend-il malicieux. Rires dans la salle et sur la scène. « Il doit beaucoup moins bien rouler maintenant votre vélo », renchérit l’animateur.

 

Pendant ce temps, les pigeons fourrés et fumés au foin rissolent dans la poêle. C’est joli, ça sent bon, ça fume, on entend le bruit de la sauce qui bouillonne. Il y a du foin partout sur le plan de travail. « C’est du pigeon rasta que vous préparez ! », s’amuse taquin l’animateur. « Non, c’est de l’art utile », intervient Antoine à la rescousse de Kobe. « On peut goûter, toucher, sentir. Ce n’est pas comme Mona Lisa sur laquelle vous ne pouvez pas mettre deux doigts ! » Pendant ce temps, Kobe sort le « couteau bicyclette » comme le nomme désormais l’animateur et taillade des salsifis blancs d’antan avec un coup de main impressionnant. « On fait moins les malins hein ! », s’amuse-t-il. Puis il dispose de bons morceaux de pigeons dans l’assiette et les recouvre de sauce au petit lait de chèvre et au beurre de foin. « Pourquoi n’utilisez-vous pas les cuisses du pigeon ? », demande l’animateur. « Parce que je les hache avec le couteau d’Antoine pour en faire des rillettes dans lesquelles je mets…. du foin ! » Evidemment. Pour Antoine Van Loocke qui aime les boucles, celle-ci est bouclée. Foin, éplucheurs et pigeons, un trio simple et ancestral qui forme un cercle culinaire extensible très contemporain. Et, vu les applaudissements du public emballé, ce concept « Less is more » a de belles heures de cuisson devant lui.

 

Céline Joussemet